L'IMPACT DE LA CRISE SUR L'ÉVALUATION D'ENTREPRISE
Ce qu'il faut retenir
|57| Évaluer une société, c'est avant tout estimer sa capacité à générer des revenus futurs ; en aucun cas, il ne s'agira d'extrapoler des performances passées tant l'évolution des marchés est rapide ; l'évaluateur devra identifier les causes de performance de l'entreprise, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, et dans quelle mesure elles peuvent être modifiées par des facteurs internes ou externes.
L'une des conséquences de la crise économique est d'introduire un degré d'incertitude élevé quant à l'avenir des marchés dans lesquels la société est présente ; les prévisions de comportement des entreprises et donc de leur niveau de génération de revenus futurs sont indiscutablement plus difficiles à évaluer que par le passé.
Différentes méthodes d'évaluation existent et peuvent se recouper afin d'estimer au mieux le prix d'une entreprise et de minimiser le risque d'erreur ; mais la crise justifie que nous ajustions notre façon de faire en matière d'évaluation.
Précisions
Afin d'élaborer des prévisions de comportement et de performances pour l'avenir, et d'être en mesure de les traduire en revenus pour une entreprise évoluant dans un environnement imprévisible, il conviendra d'abord d'approfondir la phase de prise de connaissance générale de l'entreprise et de son environnement.
Cette phase sera complétée d'une analyse de l'organisation générale et commerciale, d'une prise de connaissance du capital humain et des risques juridiques, sociaux et environnementaux.
ANALYSE DE LA SITUATION DE L'ENTREPRISE
Lorsqu'une crise apparaît dans une économie, il n'est pas aisé d'en apprécier tant sa gravité que sa longévité. La phase d'analyse se décomposera en quatre parties.
La capacité à survivre
L'érosion des ventes, pour ne pas parler d'effondrement dans certains secteurs d'activités (exemple : le secteur du bâtiment, de la publicité), peut conduire l'entreprise à une crise de liquidités.
On doit donc s'interroger sur la probabilité de survie d'entreprises n'évoluant que sur un secteur d'activité, surtout lorsque le secteur est en perte de vitesse.
Une baisse durable de l'activité conduisant nécessairement à un amoindrissement de liquidités, l'évaluateur devra s'assurer que les possibilités de recours de la société cible aux financements externes ne sont pas épuisées. En effet, ce risque est d'autant plus important en période de récession et donc de rareté du crédit.
La capacité à s'adapter
La capacité à s'adapter dépendra de la stratégie et du positionnement de la société cible. Ainsi, une société multiproduits sera moins vulnérable et pourra orienter sa stratégie de résistance sur les marchés les moins pénalisés.
Il faudra par ailleurs étudier le degré et la pertinence de l'externalisation de certaines fonctions comme la logistique, avec pour finalité de rendre variables certaines charges fixes de façon à abaisser le point mort.
La capacité à anticiper
Compte tenu de l'imprévisibilité de l'avenir en période de crise économique, l'entreprise devra identifier de nouvelles tendances, de nouvelles modes, afin de définir les nouveaux besoins des consommateurs en biens ou en services, dans le but de toujours conserver « une longueur d'avance » sur les concurrents les plus proches.
La capacité à innover
L'innovation d'aujourd'hui constituera théoriquement les revenus de demain. On peut citer l'exemple de la firme de Steeve Jobs, Appel, qui a vu ses parts de marché « fondre » dans la micro-informatique mais qui a su rebondir sur d'autres marchés tels que celui de la téléphonie avec son « Iphone ».
La capacité à anticiper et à innover influeront forcément sur la valorisation de l'entreprise cible.
MÉTHODES D'ÉVALUATION
|58| Une multitude de méthodes sont envisageables et devront être panachées. Sachant que la taille de l'entreprise sera un critère déterminant dans le choix des méthodes à retenir même si une entreprise présente sur une multitude de marchés produits/pays ne sera parfois pas beaucoup plus difficile à évaluer qu'une petite entité dont la réussite ne repose que sur la performance de son dirigeant.
La méthode patrimoniale : actif net réévalué
Simple à mettre en œuvre, cette méthode se base sur l'actif net réévalué : cette approche est statique dans la mesure où elle ne retient que la valeur des actifs diminués des passifs ; elle ne prend pas en compte les perspectives futures de la société.
La valeur de l'actif net réévalué constitue donc une valeur repère indicative uniquement.
Cette méthode pourra être retenue, par exemple lors de la valorisation de sociétés holding ou de sociétés immobilières, mais ne semble pas être appropriée en période de crise pour d'autres types d'activités.
Les méthodes analogiques
Elles consistent à évaluer une entreprise en estimant une valeur de marché par comparaison avec des sociétés de même nature, soit cotées, soit ayant fait l'objet d'une transaction récente.
En l'utilisant, l'évaluateur devra rester prudent en cas de forte volatilité des cours, qui aurait pour conséquence de fausser la valorisation ; pour en atténuer l'impact, il sera pertinent de retenir un cours moyen sur une période donnée, en général plusieurs semaines.
L'approche DCF (discounted cash flow)
La méthode des flux futurs de trésorerie, également désignée sous le terme de discounted cash flow (DCF), est très largement admise en matière d'évaluation d'actif et traduit financièrement qu'un actif « vaut ce qu'il rapporte ».
Cette méthode consiste à calculer, par actualisation, la valeur actuelle nette des flux de trésorerie futurs attendus d'une activité. Dans le cadre d'une transaction, le montant ainsi déterminé correspond au prix qu'un acquéreur devrait accepter de payer pour un investissement donné, puisque cet investissement lui permettra de couvrir le coût des capitaux (dette et fonds propres) qu'il engage.
Un des principaux attraits de cette méthode est de mettre en lumière l'ensemble des hypothèses sous-jacentes à une valorisation (croissance, rentabilité, investissements), et ce sur une période de plusieurs années : les flux de trésorerie sont en effet modélisés, puis projetés à moyen terme.
1re étape : flux de trésorerie, difficulté d'estimationLes éléments réunis lors du diagnostic stratégique et financier constituent, avec le business plan (prévisions d'activité) établi par la société, le point de départ d'une évaluation selon la méthode du DCF. Lorsqu'elles sont disponibles, ces prévisions sont souvent établies sur une période de 3 à 5 ans.
Le rôle de l'évaluateur est d'examiner ces prévisions, afin de les critiquer ou de les prolonger si nécessaire. Il devra disposer, dans cette première étape, d'un modèle reflétant des hypothèses d'activité réalistes, cohérentes et pertinentes.
2e étape : choix du taux d'actualisationLe taux d'actualisation est le coût moyen pondéré du capital ; il représente la moyenne pondérée des retours sur investissements des bailleurs de fonds de l'entreprise, qu'ils soient actionnaires ou créanciers. Ce taux devra nécessairement être augmenté d'une prime de risque de marché, de non-liquidité, sectorielle, ou de risque plus spécifique de l'entreprise qui, au global, aura pour conséquence mécanique de faire diminuer la valeur de la société.
Comme taux d'actualisation, il sera possible de se baser sur le taux d'intérêt des obligations d'État ajusté en fonction des facteurs de risques que nous venons d'énoncer ci-dessus.
Selon la méthode du DCF, la somme des cash flows actualisés et de la valeur terminale actualisée est égale à la valeur d'entreprise, qui correspond donc à tous les cash flows attendus de l'activité de l'entreprise.
Cette méthode est très utilisée actuellement car elle repose sur une idée simple : une entreprise n'a de valeur que si, un jour, elle rapporte de l'argent. Toutefois, elle a ses limites puisqu'elle repose sur la capacité de l'entreprise à réaliser réellement ses prévisions ; capacité difficile à apprécier, surtout en contexte de crise.
Conclusion
En conclusion, la crise économique et financière que nous traversons incite l'évaluateur à la plus grande prudence, le degré d'incertitude quant à l'avenir étant en nette progression.
On ne peut qu'insister sur l'intérêt d'approfondir de la phase d'analyse et sur le choix de la ou des méthodes de valorisation à retenir, qui pourront être pondérées en fonction du degré d'importance que l'évaluateur voudra leur accorder. Et sur l'importance qu'il y a à bien faire prendre conscience aux clients qu'une évaluation d'entreprise ne rélève pas d'une science exacte !